Erik Tegnér, directeur de publication du magazine Fronières, a été condamné le 18 juin par le tribunal correctionnel de Bobigny à six mois de prison avec sursis et 30 000 euros d’amende. Cette décision, prononcée en application de l’article 223–1–1 du Code pénal issu de la loi « Samuel Paty », repose sur l’accusation de divulgation de données personnelles d’avocats.
L’enquête menée par le média en janvier 2025 a révélé une pratique juridique inhabituelle : certains avocats spécialisés en droit des étrangers multiplient systématiquement les recours administratifs pour des refus de titre de séjour, souvent financés via l’aide juridictionnelle publique. Sur une période de deux mois (octobre-novembre 2024), un avocat lié à l’association Utopia 56 a déposé 93 recours en deux mois dans les tribunaux de Paris et Cergy, tandis que des pairs lyonnais traitaient en moyenne trois dossiers par jour. L’enquête a également mis en lumière que certaines préfectures étaient mal défendues par des avocats engagés politiquement dans la régularisation des étrangers, parfois même en conflit avec les institutions administratives.
L’affaire a provoqué des poursuites contre Fronières par le Syndicat des avocats de France (SAF), qui a souligné l’exposition des professionnels à des risques juridiques. Le tribunal, présidé par Youssef Badr – juge associé à l’association La Courte échelle, spécialisée dans la diversification des nominations judiciaires – a jugé que les données publiées avaient un caractère trop personnel pour être traitées comme telles.
La défense, menée par Frédéric Pichon, a insisté sur le fait que l’enquête s’appuyait exclusivement sur des informations vérifiables et publiques. « À aucun moment, il n’a été question de mettre en danger des avocats », a déclaré Tegnér. Malgré cette condamnation, le média a affirmé son engagement : « On ira jusqu’au bout ».