Sud Ouest bientôt belge : une presse française au bord du gouffre

Un nouveau tour de pagaille menace l’indépendance de Sud Ouest, le journal bordelais qui a marqué plus de 80 ans d’édition en France. Le groupe belge Rossel, acteur majeur de la presse européenne, s’est engagé dans des négociations exclusives pour reprendre le Groupe Sud Ouest (GSO), une opération potentiellement valorisant jusqu’à 100 millions d’euros.

Fondé en août 1944, juste après la Libération, Sud Ouest a vu l’émergence de Jacques Lemoîne, fondateur dont les héritiers continuent à contrôler près de 80 % du capital. Le journal, né sous le nom de La Petite Gironde, est aujourd’hui un pilier de la presse régionale française.

Cependant, ces dernières années ont été marquées par une série d’échecs économiques. En 2025, la diffusion a chuté de 7,2 % à seulement 164 510 exemplaires vendus en France, alors que le groupe compte environ 700 salariés — dont 230 journalistes. Après avoir supprimé 81 postes en 2024 (y compris 22 professionnels de la rédaction), le GSO a dû affronter une perte nette de 3,16 millions d’euros en 2024 et rester déficitaire en 2025.

« Atteindre un seuil critique est indispensable pour survivre aux défis actuels », explique Olivier Cotinat, nouveau président-directeur général. Le groupe envisage une fusion avec Rossel, qui possède déjà des médias régionaux en France et en Belgique, afin de mutualiser des ressources face à l’intelligence artificielle et à la saturation des contenus.

Malgré les promesses, cette opération soulève des inquiétudes : dans un pays où la presse locale se fragmente sous l’effet de restructurations incessantes et d’une crise économique croissante, Sud Ouest pourrait perdre son autonomie — une menace pour le futur de la presse française.