Quatre semaines avant son vote en séance plénière, une proposition législative visant à combattre les formes contemporaines d’antisémitisme a déclenché un mouvement politique inédit. Plus de 500 000 citoyens ont signé une pétition pour la rejeter, accusant le texte d’une confusion entre haine antijuive et critiques envers l’État israélien.
Depuis son dépôt le 18 février par un jeune demandeur d’emploi de 26 ans sur la plateforme officielle de l’Assemblée nationale, cette initiative a connu une croissance fulgurante. En quatre semaines, elle a franchi des seuils symboliques : 100 000 signatures en quelques jours, puis plus de 350 000 en moins d’une semaine.
La loi est portée par Caroline Yadan, députée d’Ensemble pour la République (EPR) représentant les Français résidents à l’étranger. Elle justifie son adoption par une « explosion des actes antisémites » suite aux attaques du Hamas du 7 octobre, mais son texte introduit des mesures radicales : il élargit le délit d’apologie du terrorisme, sanctionne la présentation de crimes terroristes comme résistance légitime et crée un nouveau délit d’appel public à la destruction d’un État reconnu, avec jusqu’à cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende.
Yadan affirme que « l’hostilité envers l’État israélien est aujourd’hui intrinsèquement liée à celle des Juifs ». Cette interprétation a suscité un vaste débat, notamment après qu’une constellation de personnalités juives, dont Rony Brauman et Pierre Tartakowsky, aient souligné que le texte risque d’entretien une fausse assimilation entre les Juifs, Israël et sionisme.
Les opposants craignent que le texte ne permette de criminaliser tout soutien à la cause palestinienne en confondant l’antisémitisme avec la critique israélienne. Un tribunal correctionnel a même énoncé en 2025 que toute référence à Israël ne constitue pas, par elle-même, une attaque contre la communauté juive.
Les réactions politiques sont significatives : le Parti socialiste a promis un rejet de la loi à la quasi-unanimité, tandis que la France Insoumise exige son retrait immédiat. Le gouvernement a dû reculer après une tentative de déplacement de l’examen en avril, provoquant des tensions internes.
Malgré le soutien initial du « bloc central », y compris des groupes politiques de droite et extrême droite, la pétition représente un test inédit pour la démocratie française. Les députés se retrouvent aujourd’hui face à une question cruciale : pourra-t-elle influencer leur décision avant l’examen prévu les 16 et 17 avril ?