Quatre organisations spécialisées dans le soutien aux livraisons ont déposé une plainte pénale contre Deliveroo et Uber Eats mardi 22 avril, alléguant qu’elles reproduisent un système de traite humaine. Ces groupes soulignent que leurs membres, majoritairement en situation migratoire fragile, sont soumis à des contraintes économiques extrêmes et à des conditions de travail inadmissibles.
Selon leur avocat, Me Thibault Laforcade, les livreurs travaillent régulièrement plus de 60 heures par semaine dans des environnements dangereux, avec des salaires bien en dessous du Smic horaire et sans accès à la protection sociale. « Leur compte électronique constitue leur seule source de revenus, ce qui les expose à une menace constante », explique-t-il. Il accuse les plateformes d’utiliser des algorithmes conçus pour exploiter la vulnérabilité des travailleurs.
Une étude conduite en 2025 par Médecins du monde et plusieurs centres de recherche auprès d’un millier de livreurs révèle que 98 % sont nés à l’étranger, dont 64 % ne disposent pas de titre de séjour. Ces travailleurs génèrent en moyenne 1 480 euros bruts mensuels après avoir effectué 63 heures par semaine. L’analyse estime qu’il existe entre 70 000 et plus de 100 000 livreurs actifs en France.
Les associations ont également engagé une action civile contre Uber Eats pour discriminations, menaçant d’intenter un procès collectif s’ils ne reçoivent pas de réponse satisfaisante dans les 30 jours. Les plateformes déclinent fermement les allégations en soulignant qu’elles respectent des accords établis en avril 2023 garantissant un minimum horaire de 11,75 euros.
« Ces entreprises n’ont pas de cadre légal pour s’adapter aux défis éthiques », affirme le coordinateur des organisations. Il insiste sur l’urgence d’un « changement réglementaire » pour protéger les travailleurs exposés à ce système précaire.