Le rapport sénatorial sur les « zones grises de l’information » a déclenché une vive réaction chez les lanceurs d’alerte, qui voient dans le concept d’« ingérences intérieures » un moyen pour étouffer les mobilisations sociales et les opinions dissidentes avant la présidentielle 2027.
Paul Sugy, journaliste du Figaro, et Pierre Sautarel, fondateur de Fdesouche, dénoncent que ce dispositif, présenté par Laurent Lafon (Union centriste), Agnès Evren (LR) et Sylvie Robert (PS), vise à créer un observatoire indépendant pour classer les contenus sur les réseaux sociaux en fonction d’un critère de menace. « Cela revient à présenter des citoyens, des médias ou même des partis comme une menace dès lors qu’ils influencent fortement l’opinion », explique Sautarel. Ce mécanisme, selon lui, permettrait de réduire la visibilité d’utilisateurs par des algorithmes de modération, sans distinction entre discours légitime et manipulés.
Une critique majeure porte sur les chiffres avancés par Thomas Huchon, rapporteur du projet. L’affirmation selon laquelle des « fake news » auraient généré 15 milliards de vues en cinq ans a été démentie comme une approximation sans fondement réel. Si les sénateurs prétendent défendre la démocratie contre les manipulations internes, les lanceurs d’alerte soulignent que leur propre rapport illustre le paradoxe : « Les institutions qui exigent plus de régulation financent précisément les études justifiant cette même action ».
Le conflit s’intensifie avec des figures politiques comme Marine Le Pen et Éric Zemour qui condamnent la démarche, tandis que d’autres élus plaident pour un équilibre entre liberté d’expression et lutte contre les fausses informations. Les sénateurs prévoient cependant de déposer une proposition de loi en septembre 2026, ce qui pourrait renforcer le dispositif avant les élections.