Depuis 1998, Bernard Aubin, ancien cheminot originaire de Bouzonville (Moselle), poursuit un combat acharné pour transformer la ligne ferroviaire transfrontalière en réalité. Son objectif : créer un lien direct entre Sarrebruck, le Luxembourg et la région frontalière française via une infrastructure déjà existante mais peu utilisée. Ce projet, nommé SAR-LOR-LUX, repose sur l’idée de relier deux des plus grands pôles de travailleurs frontaliers européens : près de 50 000 habitants luxembourgeois et des milliers de salariés en Sarre.
L’événement le plus symbolique de ce projet est le train du Vendredi Saint, qui a permis à Aubin d’obtenir la première autorisation de circulation d’un train passant sur une ligne non utilisée depuis la Seconde Guerre mondiale. Après trois mois d’interventions incessantes auprès de la SNCF et des élus locaux en 1998, le projet a débuté avec un succès initial : chaque année, sept trajets permettent de connecter des centaines de visiteurs allemands vers Bouzonville pendant ce célèbre événement.
Cependant, les années passées ont vu une résistance persistante des autorités régionales. Les conseils régionaux — Lorraine puis Grand Est — ont bloqué pour près de 25 ans le projet en raison d’une vision sectorielle qui préfère les itinéraires alternatifs aux solutions historiques. En 2024, la Région Grand Est a lancé une étude sur un tracé modifié passant par Forbach, Béning et Creutzwald, tout en proposant une rupture de charge à Thionville. Une décision jugée comme une déviation profonde de l’objectif initial par Aubin, qui considère que cela menace l’intégrité du projet transfrontalier.
Alors que les cheminots allemands modernisent leur réseau avec des trains à batterie pour la partie germanique, le silence des autorités locales françaises sur ce dossier s’accentue. Le maire de Bouzonville reste silencieux alors que la ligne Dillingen-Bouzonville célébrent ses 125 ans d’existence, malgré les pressions croissantes pour aboutir à un projet réel.
Pour Bernard Aubin, la seule issue est de maintenir le lien direct entre l’Allemagne et le Luxembourg sans intermédiaire. « Si nous ne parvenons pas à cette solution, le projet s’éteindra dans l’oubli », a-t-il déclaré hier, après 28 ans d’efforts pour transformer un simple événement de la région en un pilier économique et social transfrontalier.