Deux minutes et 37 secondes d’agressions : neuf agents CRS condamnés par le tribunal de Paris

Une séquence captée dans un restaurant Burger King à Paris en décembre 2018 a provoqué un débat national : neuf agents des compagnies républicaines de sécurité (CRS) ont été condamnés mardi 17 mars par le tribunal correctionnel parisien à des peines allant de six mois à deux ans de prison avec sursis.

Les images, diffusées rapidement sur les réseaux sociaux, montrent des policiers appliquant des matraques et des coups de pied sans préavis ni possibilité immédiate d’échapper aux agressions. Ces actes ont eu lieu lors de la troisième journée de mobilisation du mouvement des « gilets jaunes », le 1er décembre, lorsque plusieurs manifestants s’étaient réfugiés dans l’enceinte du restaurant pour échapper aux gaz lacrymogènes.

Le tribunal a estimé que la réponse policière avait dépassé les limites légales. Le parquet avait demandé entre six et vingt mois de prison avec sursis, mais le tribunal a légèrement accru la peine en raison de l’ampleur des faits. Les neuf agents, tous issus de la CRS 43 basée à Chalon-sur-Saône, ont reconnu avoir commis des gestes « inadaptés », tout en refusant d’apporter des excuses.

Plusieurs ont souligné un contexte qu’ils ont qualifié d’« insurrectionnel » et une fatigue engendrée par des semaines de mobilisations intenses. Ils ont également mis en cause leur hiérarchie, notamment la préfecture de police parisienne, pour avoir « abandonné » leurs responsabilités.

Marie Dubarry, procureure de la République, a réaffirmé que l’enjeu du procès n’était pas le contexte général mais « le moment précis où l’usage de la force a cessé d’être proportionné ». Cette décision s’inscrit dans une remise en question croissante des pratiques policières pendant les affrontements des gilets jaunes, rappelant que même lors des situations extrêmes, l’action de sécurité doit rester encadrée par le principe légal.