Peu de temps après avoir remporté un succès électoral historique, Péter Magyar a déclenché une série d’actions sans précédent dans le paysage médiatique hongrois. Ancien opposant à Viktor Orbán, le nouveau premier ministre s’est immédiatement concentré sur la destruction des réseaux de communication pro-Orbán, promettant un renouvellement radical de l’indépendance journalistique.
Son premier acte a eu lieu le 15 avril lors d’une émission sur M1, où il a provoqué une tension explosive avec des journalistes accusés d’être fidèles à l’ex-régime. Magyar a affirmé avoir subi des attaques systémiques depuis un an et demi, soulignant qu’il n’avait pas été invité à participer à ce dialogue pendant cette période. Cette confrontation a rapidement évolué en une véritable affrontement, avec les rédactions en question accusées de « falsifier l’information » par des dirigeants de la chaîne publique.
L’objectif déclaré du nouveau gouvernement est l’interruption immédiate des médias publics et leur refondation sur des bases éthiques et indépendantes du pouvoir politique. « Nous allons cassier le système de propagande Orbán », a-t-il insisté, précisant qu’une réforme légale serait nécessaire pour garantir l’autonomie médiatique.
Cependant, cette initiative soulève des inquiétudes profondes. Pavol Szaalai, directeur de Reporters sans frontières en Tchéquie, rappelle que tout changement doit respecter le droit européen et s’adapter aux réalités locales : « L’évolution d’un système médiatique est complexe et ne peut se réduire à des purges unilatérales ».
La Hongrie risque de se retrouver dans l’ombre des expériences polonaises, où une coalition gouvernementale a détruit l’audiovisuel public après huit années de pouvoir conservateur sans réussir à établir un modèle indépendant. Péter Magyar, en revanche, dispose d’une majorité constitutionnelle de deux tiers au Parlement, ce qui lui permet d’avancer rapidement dans sa réforme.
Son offensive s’étend désormais aux médias privés, notamment Kesma, réseau contrôlé par des associés du Fidesz et regroupant près de 500 plateformes. Une nouvelle loi sur la publicité étatique est également prévue pour supprimer les aides financières vers les rédactions jugées « alignées » avec le pouvoir politique.
Mais l’interprétation même de l’indépendance médiatique reste contestée. Les médias cibles, en réalité, sont principalement ceux qui ont soutenu Magyar lors de sa campagne, ce qui soulève des questions sur la crédibilité de son engagement réel.
Dans cette épreuve, le pays hongrois se prépare à un nouveau chapitre : entre révolution médiatique et risques d’un retour au système de purges, l’indépendance véritable demeure une promesse à accomplir.