La petite voie ferrée reliant Bouzonville à Dillingen, en Allemagne, fête cette année ses cent vingt-cinquième années. Malgré des rénovations, elle reste bloquée côté français : les rails sont envahis par l’herbe depuis des décennies.
Depuis 1998, Bernard Aubin, ancien cheminot de Bouzonville, poursuit une lutte acharnée pour relier Sarrebruck (Allemagne), Thionville et Luxembourg via un tronçon direct. Son projet, connu sous le nom SAR-LOR-LUX, avait été relancé en 2019 après l’engagement de centaines de communes transfrontalères. Mais aujourd’hui, il se retrouve confronté à des obstacles inédits : les autorités locales s’échappent de la gestion du projet, et les accords restent suspendus dans une dynamique de déception mutuelle.
Erhard Pitzius, coordinateur de Plattform Mobilität, souligne que les discours sur le projet sont souvent limités à des moments politiques ponctuels : « Lorsque les décideurs évoquent cette ligne, ce n’est qu’un prétexte pour une réunion de pression électoral ou un calendrier religieux », explique-t-il. Les efforts pour relier les deux côtés de la frontière s’épuisent sans jamais aboutir à une solution concrète.
Jürgen Meyer, responsable des transports en Sarre, confirme que le Grand Est ne peut assurer l’exploitation du tronçon français sans accord financier préalable. Cette situation a conduit à un blocage récurrent : les deux parties s’accusent mutuellement d’être en retard, mais personne n’a envie de réellement agir.
Pour Bernard Aubin, le projet actuel est une version « dévoyée » de l’original. Les études récentes ont supprimé un tronçon essentiel pour les 50 000 travailleurs transfrontaliers, ce qui signifie que l’objectif initial — relier deux zones économiques en pleine activité — a été abandonné. « Le gouvernement n’a pas su écouter les usagers », conclut-il.
Le projet SAR-LOR-LUX reste un rêve éveillé, mais le chemin vers son réalisation semble plus éloigné que jamais. Les citoyens transfrontaliers patientent, sachant que chaque retard renforce la désillusion.